Je vous assure j'avais prévu d'écrire ce soir. J'avais tout préparé, dans ma petite tête. J'allais raconter comment je suis rentré chez moi à pied tout à l'heure. La Volvo qui roule dans une flaque à côté de moi, les escargots qui migrent de l'autre côté de la piste cyclable et mon pélerinage au 3, rue Eugène Pottier. Tout, j'allais tout dire. Mais non.
Non parce que je viens de lire un blog qui m'a presque dégoûté du genre humain (comme si passer la soirée avec deux sarkozystes homophobes suffisait pas). Non parce que tout ce que je pourrai jamais écrire ne vaudra rien. Mais alors rien. Et non parce que je pense que le fait d'exposer sa vie béate pourrait presque passer pour de la prétention.
Mais c'est qu'il a un joli complexe d'infériorité le petit. Et voilà, tout de suite. Vous voyez, c'est facile hein, je retombe comme ça toujours dans mes espèces de méandres empécheuses d'enterrer en rond (celui qui me trouve la chanson d'origine sans tricher gagne mon estime). Impossibilité chronique de rendre un produit fini. Y avait une fille comme ça dans la classe, à ce qu'il paraît, si elle rendait pas ses disserts, c'est qu'elle arrivait jamais à en être satisfaite. Ah pour les faire elle les faisait, mais pas moyen de se relire et de se dire : j'ai fait un truc bien. Bon, je vous vois venir hein, Jean tu exagères, comme toujours. Certes je n'en suis pas encore à ce stade, et heureusement pour moi. Mais n'empêche, vraiment pas moyen de juste écrire une merde, trouver une image qui fait classe, fermer les yeux en cliquant sur publier et basta.
C'est ballot hein. Bon dieu qu'est-ce que je déteste ce mot. Il mérite même pas le statut de mot.
Oui, parce que bon, à côté de ça, je vais très bien hein. Franchement ma vie c'est pas ce qu'on pourrait appeler un chemin de croix. Ca (la flemme de copier-coller le ç majuscule depuis Word) avance, comme ça, et je vais bien. Bien parce que j'ose pas dire heureux. Il fait trop peur ce mot et puis Thomas ne croit pas au bonheur et mine de rien Thomas, il me laisse pas indifférent. Et aussi y a que tu vois, on m'a toujours appris que le vrai bonheur tout ça, c'est quand tu t'accomplissais, que tu donnais de toi-même, que tu te sacrifiais dans l'effort et que tu pouvais récolter les fruits de ton labeur en te disant j'ai fait un truc bien. Alors voilà, moi, comme ça, à 18 ans, je me vois pas prendre toute la philosophie occidentale par derrière en disant que je suis heureux sans forcément m'accomplir dans un truc précis. Mais c'est pas la tentation qui manque pourtant.
Oui, alors bien sûr, me direz-vous, et qu'est-ce que tu fais de tes deux ans de bloguerie, qui traîne, là-bas, vers les pages du fond. Eh bien je vous répondrai que ce n'était pas moi. Pas vraiment moi. En fait c'est çà, ce qui me pète les boules, c'est que y a des gens biens qui lisent mon blog. Bon ça, à la limite, ça passe tu vois, quoique je sais pas ce qu'ils font là, je leur ai pas demandé moi, de venir lire ça. Mais en fait j'ai peur, tu vois, de pas être moi, de leur faire croire que je me dévoile comme ça et de les décevoir. Et je coupe court à tout argument bidon du style mais si tu parles pas de toi, personne verra rien. Si, tout le monde verra, parce que quand je parle de cinéma, de cul ou de ta mère, eh ben c'est quand même moi, derrière, ou devant parfois.
Donc moi, voilà, je suis là, avec mes petits caractères Times New Roman et j'ai peur. Parce que franchement, mon blog jusqu'ici c'était quoi. Basura, comme dirait l'autre. Oui, j'étais content, je faisais des petites allusions par-ci par-là, j'essayais de penser. Y a encore un an j'avais pas trop de mal. J'écrivais ce qui me passait par la tête, je plaçais une ou deux références à la fille du moment et tout le monde était content. En fait voilà, mon blog ça a toujours été ça, un attrape-mouches. Ah, c'est que je me débrouillais bien. Et vas-y que je te plaque un petit article en forme de dithyrambe, un petit sous-entendu que tu sais qu'il y a qu'elle qui pourra comprendre. Ah et le coup des fins d'articles cachées, il était pas génial celui-là. Bon le problème c'est qu'à la fin tout le monde savait, alors ça la foutait mal, mais j'en étais fier, il marchait bien.
Et croyez-le ou non mais des gens me lisaient. Enfin, passaient, dira-t-on. Les gens, même cette année, ils continuent à cliquer sur leur petit marque-page machistadorrr, et ils viennent voir. Juste voir, si y a pas un truc de changé. Ils viennent pas parce que ça leur plaît, non. Ils viennent parce qu'ils me connaissent et que c'est un moyen de voir un peu ce que je deviens, si y a pas des petits trucs croustillants à apprendre. Parce que c'est ça le blog, vous croyez quoi. Franchement, si Thomas ne déversait pas ses crises sur son blog, je m'en fouterais. Et si les gens de HK1 parlaient que des cours, vous croyez vraiment que j'irais sur le blog de la classe ? Pensez au nombre impressionnant de blogs que vous consultez. Pour beaucoup, vous n'y allez pas pour le contenu mais pour la personne qui les tient. Ce n'est pas si terrible, me direz-vous, c'est même une intention honorable. Certes.
Toujours est-il que je parle de moi depuis le début et vous voyez, ça n'a pas beaucoup fait avancer le débat. Cultivez-vous, rencontrez, découvrez, faites des trucs. Roulez-vous un joint, enivrez-vous. De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise, mais faites quelque chose !
Je roule des mécaniques, je baisse mon froc, je m'asperge de bons sentiments mais ça vaut quoi, au final ? Y aurait moyen de dériver sur une réflexion plus vaste, à propos de la littérature, du sens d'écrire, toutes ces conneries mais c'est pas mon domaine. Je parle de moi, en bon parisien, parce que c'est un des rares sujets que je maîtrise un peu. Et puis c'est tellement bien l'humain, c'est tellement génial, tellement infini. Je voudrais rencontrer des gens et les déconstruire. Pas genre les tuer, ça non, c'est pas drôle, mais genre, fouiller jusqu'au bout, voir leurs traumatismes, leurs complexes d'enfance, les bousculer, les frapper pour voir comment ils réagissent. L'humain c'est putain de bien. Pas besoin d'en rajouter avec des façades à la con.