4 articles en pas moins de 2 mois. Faut pas croire, écrire n'est vraiment pas le problème. Filer des métaphores oiseuses, rivaliser d'amphigouris didactiques, dévaloriser skyblog, encenser Scarlett et Télérama, tout ça je sais faire. Le vrai blocage, c'est dans la perte totale de son ego. Ecrire, c'est perdre son ego, parce qu'écrire, qu'on le veuille ou non, c'est mettre une partie de nous sur le papier. Alors quand on s'aime pas, on n'aime pas écrire. CQFD.
Bien sûr, il y a des resquilleurs. Certains qui ont un ego so huge qu'ils se prostituent à longueur de temps sans même se rendre compte de leur médiocrité (cf littérature contemporaine. Je généralise, je sais). Ou d'autres, définitivement low profile mais qui tentent comme ils peuvent de se soigner en écrivant. Ou d'autres qui ont un du génie, ceux-là peuvent bien s'afficher, on les aime quand même. Moi c'est pas que je m'aime trop, ni trop peu, ni que je suis génial, c'est juste que je me trouve pas vraiment. Alors comment tu veux écrire, quand tu te connais pas toi-même.
Rédiger des dissertations d'histoire, réciter des mots d'anglais, profiter des gens, aller au cinéma, boire, fumer, autant d'activités mécaniques, qui peuvent très bien ne faire appel qu'à notre surface. Comme il est tout aussi facile de vivre en suivant ses passions. To wear one's heart on one's sleeve, porter son coeur en écharpe. Voilà un symptôme très révélateur. Besoin de parler de soi, tout le temps, à n'importe qui. Mais attention, pas n'importe comment. Ne surtout pas lancer la conversation sur soi, ce serait grossier, et puis ça ferait prétentieux, non, non. Juste attendre que l'autre ait fini son discours et qu'il lance un "et toi comment ça va?". Là, on peut tout déballer. Nos excès, nos dénis de personnalité, toute notre ridicule comédie destinée à nous faire aimer. Et on en est fier. "Ils sont fiers d'être cons, les connards" ainsi parlait Desproges de nous, des jeunes.
Tout au plus pouvons-nous réussir nos études, accumuler les conquêtes, faire de sa culture ou de ses fringues une supériorité sur les autres. Et puis boire beaucoup, pour oublier. Eventuellement trouver une échappatoire satisfaisante : la vie est absurde. Soit, vivons absurdemment alors. Oui, mais non. Parce qu'il y a quelque chose, bordel. Non mais quelque chose, qui vient du fond, s'écouter soi. Oui, alors bien sûr, ça vient d'un seul coup, on n'y est pas préparé (et toi tu fais quoi? Prépa sciences humaines. Et puis quoi encore). On a beau tenter, on a l'impression de servir à rien. Véritable syndrôme de société, qu'avons-nous donc à espérer sur terre? Impression de me la jouer Kant.
Il y en a qui y arrivent, à vivre honnêtement. Mais c'est de plus en plus dur, et puis on en vient à se demander si ça aide vraiment. Il y en a aussi qui me dégoûtent, à déballer leurs problèmes, pour qu'on prenne soin d'eux. D'autres qui me touchent, se couchant un soir, ivre, réalisant d'un coup qu'ils ne se connaissent pas, qu'ils ne savent pas qui ils sont, comment ils voudraient se construire. Oui, en fait moi, je me donne des grands airs de moralisateur aimable, et sûr de lui. Oui, moi, moi, moi, je domine, et je ne pleure pas. Ça non. Mais, par contre, je me sens un peu ridicule, à prodiguer des conseils que je ne suis jamais. Parce que, à force, je vais plus avoir la force de revenir en arrière, et je finirai ma vie comme ça, fumant, buvant. Quand je dis buvant, c'est que l'arbre qui cache la forêt.
Je relis cet article, et je le trouve tout à fait symptômatique. Je suis désolé pour ceux qui s'attendaient à un facétieux résumé de la soirée de samedi. Je sais pas comment je deviendrai, si j'arriverai un jour à prendre des décisions dont je serai fier, et qui ne me frustreront pas pour autant. Choisir, c'est renoncer. Si on part de cette optique, on n'en finit jamais. Choisir, c'est avancer. Comme ça, c'est mieux.
J'avoue qu'on a vu mieux qu'un skyblog pour déballer sa vie.
Vous me pardonnerez.
[ The Time Warp - Richard O'Brien - Rocky Horror Picture Show ]