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Rêve n°2 : Être le fils caché de Julien Fernando Casablancas.

Rêve n°2 : Être le fils caché de Julien Fernando Casablancas.



Thomas me trouve détestable. Mon dernier article, imbu de lui-même. C'est vrai peut-être, mais je déteste et refuse de croire que je puisse être dans ce style. Parfois, on dit de quelqu'un qu'il ne se prend pas pour de la merde, ou qu'il pète plus haut que son cul, que ses chevilles enflent, qu'il est prétentieux, orgueilleux, vaniteux, pédant, qu'il étale sa science de la vie, de la littérature, de tout, n'importe quand, à n'importe qui. Il veut être reconnu, vu, aimé et ne réussit qu'à faire l'inverse. Je déteste tous les mots que je viens de citer.


Certaines fois, je me demande vraiment si je ne suis pas finalement qu'un pauvre ado, qui n'a jamais fait un effort de sa vie, qui jouit de la vie passivement, comme on jouirait d'un orgasme sans amour ou d'une banale cigarette. Puis je pense à ce que je vis en prépa actuellement, aux copies sur lesquelles j'ai passé mes nuits, aux gens que j'ai rencontrés, qui m'apprécient, m'aiment pour ce que je suis. Et je me dis que non, vraiment, non, je ne suis pas un jouisseur imbu. Que je donne dans une relation, qu'il m'arrive de ne pas avoir d'arrière-pensées, d'être spontané, gratuit.


La gratuité, en voilà une chose. Le désintéressement, le bon, pas l'autre. J'ai l'impression parfois de l'atteindre, je le ressens. Ou plutôt non, je le vis, parce que je n'y pense pas, parce que agir en vue d'agir de manière désintéressée, ce serait comme mentir pour ne pas mentir. Enfin, je veux dire, c'est nul. Ça doit être irréfléchi, spontané. Tout à l'heure, un homme s'escrimait à trouver la direction du Procope, arrêtait les gens autour de lui. Avoir pris plaisir à lui indiquer la direction, est-ce que cela fait de moi un prétentieux ? Souvent, je me surprends à dire merci, au revoir, bonjour ; j'offre des cigarettes, du feu, des verres (enfin, pas toujours). Et je fais ça volontiers, parce que j'aime donner aux gens, j'aime voir la lueur dans leurs yeux, parfois.


Un clochard une fois passait dans l'allée d'un métro de la ligne 10. Il mendiait, de la monnaie, des tickets restaurants, ou même un sourire, ça fait toujours plaisir. Cet homme m'a touché, même s'il achète des bières et des cigarettes avec l'argent, je le vois souvent sur le banc près de chez moi. Eh bien, je lui ai souri, maladroitement, comme on sourit à un examinateur. Et il m'a regardé, a marqué un temps d'arrêt, puis a poursuivi sa course monotone de wagon en wagon. Un instant, je me suis senti proche de cet homme, et j'ai partagé son quotidien. Cela m'a suffit à me sentir bien.


Un jour, un prof avait annoté sur un de mes devoirs de littérature, en rouge et souligné deux fois : devoir pédant et irréfléchi. A côté, la note, 16. Je ne sais qu'en penser. Peut-être s'agit-il d'être pédant en prépa. Oubliée la modestie de bon aloi, qui consistait à garder ses références pour soi. Ma foi, étalons, étalons, c'est ce qu'on attend de nous. Comment voulez-vous, après ça, continuer à être un parfait modèle d'humilité ? Suis-je schizophrène ?


Bien sûr, quand on me demande où je fais mes études, je réponds à Paris. Puis, si on insiste, je dis en prépa littéraire. Et si vraiment, on veut savoir, alors j'annonce la couleur. Et alors, on fait un « aaaah » ou un « oooh » et puis on demande : « Vous tenez le coup ? ». Oui, merci, je le tiens. Un peu trop même. Et j'en ai marre, j'ai peur, j'appréhende. Tout. Ce que je vais devenir, ce que je vais faire de moi. Dira-t-on de moi un jour le meilleur mais aussi le plus simple des compliments qui puissent être, à mon avis : « C'est quelqu'un de bien ». J'aime savoir que j'ai ma destinée entre mes mains, ça je l'ai déjà dit. Mais alors que je ne la gâche pas. Ce serait bien.



# Posté le jeudi 26 avril 2007 19:25

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